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pierre laszlo

 
HOUILLE BLANCHE ET ÉLECTROCHIMIE ALPINES

exposé du 23 juin 2010 au Club d’histoire de la chimie

HOUILLE BLANCHE ET ÉLECTROCHIMIE ALPINES

J’explicite d’entrée de jeu les raisons personnelles qui m’incitèrent à choisir ce sujet.
Mon père, François Laszlo, ingénieur hydraulicien, fit sa carrière chez Neyrpic de 1940 à
1963, date de la prise de contrôle du fabricant de turbines par Alstom (dont le nom s’orthographiait alors avec un h). Nous habitions Grenoble, je traversai donc souvent les vallées
alpines vouées à l’électrochimie, de la Maurienne, de l’Arve, de la Romanche et du
Drac. J’ai vu de près des barrages comme ceux du Chambon ou du Sautet. Mon père travailla
à celui de Génissiat, qui fut l’un des derniers grands ouvrages sur le Rhône. Une dizaine
d’années auparavant, j’ai visité avec lui l’usine, plus ancienne, de Ventavon, sur la
Durance.

Je vous parlerai donc de la houille blanche et de l’électrochimie alpines dans l’entredeux-
guerres. Ce fut une période mitigée, de glorieuse expansion pour la houille blanche,
mais d’une dangereuse stagnation pour l’industrie électrochimique en France. Dangereuse,
puisqu’elle précipita un déclin irréversible. Nous en examinerons ensemble les causes.

Pour ce travail, je me suis défié de mes propres souvenirs à l’écoute des propos de
mon père, alors que j’étais enfant, puis adolescent. J’ai donc été compulser une bonne centaine d’articles, ainsi qu’une demi-douzaine de livres, écrits par des géographes, des historiens et des économistes. Je vous ai apporté, à titre d’amorce bibliographique, une liste de
ces documents.

*

Nous nous interrogeons, en ce moment, sur les énergies de substitution et sur les
énergies douces qui prendront le relais du pétrole et du gaz naturel. Elles vont, on l’espère,
ralentir un peu le réchauffement climatique; et seront davantage respectueuses de l’environnement. Pour anticiper mon propos, ce que l’industrie électrochimique fit des vallées
alpines où elle s’implanta n’est pas à la gloire de la chimie, c’est le moins qu’on puisse
dire. On s’intéresse beaucoup à présent aux éoliennes, à leur densification, et aux procédés
pour mettre en ligne de l’énergie électrique produite de façon discontinue. Il n’est plus
guère question de tirer parti, non pas du vent, mais de l’eau, sous la forme des chutes
d’eau ou de la houle. Serait-ce du fait de l’ancienneté de la Houille Blanche, plus que centenaire, qui apparaît dans la conscience collective comme une vieillerie à ranger au magasin
des décors ringards? Serait-ce du fait de la rémanence, dans la mémoire collective, de
l’association de la Houille Blanche et de l’électrochimie, mariage de l’eau et du feu, du pur
et de l’impur?

*

Mon récit commence en 1869. C’est alors qu’Aristide Bergès (1833-1904), Ariégeois
d’origine, ingénieur formé à l’Ecole Centrale, installe une roue et une dynamo Gramme
sur une chute de 200 m à Lancey, dans la vallée du Grésivaudan, à faible distance de Grenoble.
Il obtient ainsi 500 CV pour faire fonctionner son usine de pâte à papier.

L’expression “houille blanche” est aussi de Bergès. Il la rode à Grenoble à partir de
1878, l’expose à la Foire de Lyon en 1887, et surtout en fait un efficace slogan lors de l’Exposition Universelle de 1889, à Paris, celle de l’édification de la Tour Eiffel. Dès 1889, ce
vocable, en forme d’oxymore, saisit durablement les imaginations. La Houille Blanche est
une énergie propre, non polluante. Elle participe, dans sa pureté limpide, de la neige éternelle
des sommets alpins. Elle est encore synonyme d’une modernité conquérante, du contrôle
des forces naturelles au bénéfice de l’humanité.

Le contexte est celui de la seconde industrialisation, du règne conquérant des chemins
de fer et de la sidérurgie, celui aussi de la fée Electricité, alors associée urbi et orbi au
nom d’Edison.

D’où la périodisation qui s’impose pour ce récit. La première phase, que je qualifie
d’appel des cimes, est celle de l’équipement de multiples chutes d’eau, dans les Alpes, les
Pyrénées et le Massif Central. C’est l’époque où s’implantent de nombreuses usines électrochimiques, dans des vallées de montagne, pour utiliser une importante fraction de
l’électricité produite. Elle va de 1869 à 1914.

La seconde phase est celle de la Première Guerre Mondiale. A l’incitation du gouvernement,
ces usines se reconvertissent dans des fabrications de guerre, qui vont des obus
aux armes chimiques.

La troisième phase est celle de l’entre-deux-guerres, qui nous occupera principalement.

Lui suit une période, assez brève, d’une douzaine d’années, de reconstruction mais
aussi d’un début d’abandon de cette filière. Les Trente Glorieuses, du début des années 60
jusque vers la fin du vingtième siècle, consommeront son déclin.

*

La seconde industrialisation coïncide, et l’on peut se demander si cela est fortuit,
avec une vogue de l’alpinisme. Je n’approfondirai pas ce point. Supposons le acquis, il y a
là une véritable épistémé, au sens que Michel Foucault donnait à ce terme.

Pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, le tournant du vingtième siècle vit des entreprises
grenobloises de chaudronnerie fabriquer des conduites forcées, pour équiper des
chutes d’eau, un peu partout dans les Alpes, et fabriquer de l’électricité. Les deux indus-
tries premières bénéficiaires de cet apport d’énergie furent la papeterie et l’électrochimie.

*

Une rupture épistémique est patente. L’économie alpine était gouvernée jusque là par
le dualisme adret-ubac, activités forestières sur l’ubac et pastorales sur l’adret. Elle sera
gouvernée aussi, dorénavant, par le dualisme, orthogonal au premier, de l’amont et de
l’aval.

Aristide Bergès eut comme contemporain Paul Héroult (1863-1914). Ce dernier inventa,
très jeune, la production d’aluminium par électrolyse d’alumine, provenant de la
bauxite. Son premier brevet lui fut accordé quasi simultanément avec celui de l’Américain
Hall. Héroult bâtit une première usine à Froges, Isère, sa production d’aluminium démarra
fin 1889.

En 1893, une nouvelle usine de la Société electrométallurgique française (SEMF) fut
installée et mise en route par Paul Héroult à la Praz, dans la vallée de l’Arc, en amont de
Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie). Elle se rendit illustre par la conduite forcée traversant
l’Arc en arc de cercle, invention de Paul Héroult imposée par lui malgré les avis unanimement
négatifs de ses collaborateurs. On y produisit aussi l’aluminium par électrolyse.
La consommation d’électricité y était impressionnante, l’usine de St Jean-de-Maurienne à
elle seule exigea autant d’électricité que la ville de Lyon.

Toujours en Maurienne, à St Michel, l’usine de la Saussaz fut bâtie en 1905. S’y fit la
production électrolytique d’aluminium. Elle ne cessa la production qu’en 1984.

Paul Héroult fut aussi l’inventeur, autre contribution majeure de sa part, du four de
métallurgie à arc électrique. Le 9 octobre 1900, Héroult coule ainsi le premier acier obtenu
par fusion à l'arc électrique. Dès le 28 décembre 1900, le procédé, devenu industriel, permet une expédition de neuf tonnes de lingots pour essieux aux Forges du Creusot de
Schneider.

Héroult et ses collaborateurs ont l'idée de coupler le four avec un convertisseur Bessemer
dont il reçoit le métal liquide. Le four électrique n'a plus qu'un rôle d'épuration par
échanges chimiques avec des laitiers synthétiques (désulfuration, déphosphoration). Le
four électrique de ce procédé "Duplex" constitue dès janvier 1903 la première installation
spécifiquement dévolue à la métallurgie secondaire, et l'ébauche d'un four-poche qui ne
verra le jour que cinquante ans plus tard en Suède chez ASEA.

En Suède justement, l’ingénieur F. A. Kjellin eut la même idée qu’Héroult et inventa,
lui aussi en 1900, un four électrique à induction. Cela transforma la sidérurgie suédoise,
rendue moins dépendante du charbon, dont la Suède est pauvre, et bien plus viable économiquement, avec l’électricité comme moyen de chauffage du minerai et du métal ainsi
liquéfié. La Suède sera désormais un concurrent majeur de l’électrométallurgie alpine, tant
pour la production d’aluminium que pour celle d’aciers spéciaux.

A cette époque, fin dix-neuvième-début vingtième, l’accroissement de la population
de Grenoble, dû en grande partie à la Houille Blanche, est important. Ce volet de la seconde
industrialisation voit un appel de main d’oeuvre dans les Alpes, que l’exode rural
avait dépeuplées depuis le milieu du dix-neuvième siècle.

Ce sont justement des Grenoblois qui, encore à la fin du dix-neuvième siècle, nous
sommes en 1895 , implantent une usine électrochimique à Chedde, en Haute-Savoie, aux
portes de la vallée de Chamonix. La raison de cet intérêt des Grenoblois avec leur apport
d’un capital de 2,8 millions de francs, fourni par les banquiers Charpenay et Rey, est qu’ils
y trouvaient leur compte. Fourniture de ciment pour certains (Thorand et Nicolet), conduites forcées pour Joanny Joya, machinerie pour Bouchayer et Viallet, turbines pour Neyret
et son associé Brenier, etc.

D’emblée, l’électrochimie ainsi que la métallurgie de l’aluminium et des aciers spéciaux,
pratiquée non loin de là, à Ugine, se taillent des portions considérables de la production
de houille blanche. L’usine d’Ugine se spécialise dans les aciers spéciaux, de construction,
de cémentation, au nickel et, surtout, au nickel-chrome. 1800 ouvriers y travailleront
en 1924. Au groupe des Aciéries d'Ugine se rattachent l'usine d'alliage, située à
proximité et spécialisée dans la fabrication du ferro-silicium de toute teneur et aussi du
ferro-manganèse, et l'usine de Venthon, entre Albertville et Ugine, laquelle fabrique du
carborundum.

L’aménagement de la Romanche est spectaculaire dès 1916. Les anciens hameaux
sont ensemencés d’usines électrochimiques. Elles gonflent leurs population, d’ouvriers
venus d’un peu partout, d’Italie surtout.

Il en va de même de l’industrialisation au long de la Maurienne dès 1916. Les usines
en chapelet causeront une vision écologique dantesque, un paysage de dévastation industrielle
rappelant le dix-neuvième siècle, celui de la première industrialisation. Comment
furent-elles ravitaillées en matières premières, et comment écoulèrent-elles leur production?

Au début du dix-neuvième siècle, dans une Savoie Piémontaise, redevenue indépendante
de la France par le traité de Vienne du 15 novembre 1815, les projets ferroviaires
permettant le désenclavement de l'ancien duché et une liaison internationale entre la
France et l'Italie étaient d'actualité. Le franchissement de la barrière alpine par un chemin
de fer liant le Piémont, la Savoie et la France via un tunnel sous le mont Cenis, puis la vallée
de la Maurienne et Chambéry était en projet. Par décret royal (Sarde) du 25 mai 1853,fut créée la « Compagnie du chemin de fer Victor-Emmanuel ». Cette compagnie confie la
réalisation de la première section à voie unique, entre Choudy — qui était alors le nom
d’Aix-les-Bains — et Saint Jean de Maurienne, au groupe anglais « Jackson, Brassey et
Henfrey », qui débuta rapidement les travaux. L'inauguration de la section de Choudy à
Saint Jean de Maurienne eut lieu le 20 octobre 1856.

En 1859 la Victor-Emmanuel fut empruntée pour assurer le transport des troupes
françaises qui de ce fait vont, avec les Piémontais, battre les Autrichiens le 4 avril 1859 à la
bataille de Magenta. En remerciement, le roi Victor-Emmanuel offrit le Duché de Savoie et
le Comté de Nice à la France le 22 avril 1860.

La ligne fut électrifiée par troisième rail latéral en 1500 V continu en 1925 - 1930. Pour
cette ligne à très fort trafic et rampe, le prix de revient d'un tel équipement s’avérait du
même ordre que celui d'un équipement aérien avec feeder d'alimentation de forte section
en parallèle avec la caténaire, du fait des fortes intensités nécessaires à la traction, sur des
voies au profil raide. L'électrification a été convertie à l'alimentation par caténaires en
1976 ; le rail conducteur a été déposé.

Mais revenons au couple Houille Blanche-électrochimie, et à la fin de cette première
période 1869-1914, faste, innovatrice, enthousiasmante. Elle vit une spectaculaire montée
en puissance, tant de la houille blanche que de l’électrochimie. L’augmentation de la production
hydroélectrique est impressionnant. A Ugine, du fait de cette usine de production
de ferro-alliages, on comptait 2325 habitants en 1901; 2558 en 1906; 3346 en 1911; 3707 en
1921; 5951 en 1931.

Je poursuis mon propos sur l’augmentation de la population d’Ugine. La légende de
la carte postale est politiquement incorrecte. La main d’oeuvre étrangère est cosmopolite,
des Grecs en 1922, un premier contingent russe en 1923, des Polonais & Marocains en 1925.Plus de la moitié sont des Italiens. On note aussi des indigènes venus des colonies françaises. 20 nationalités différentes coexistent dans la commune. Edifié en 1908, une série de 20 maisons sur le côté droit de la route de Flumet constituent ce qu’on dénomme localement le village nègre.

Survînt la Grande Guerre. La région Rhône-Alpes servit d’hinterland pour des productions
de guerre. Certaines unités électrochimiques furent reconverties à la fabrication
d’armes chimiques. La mobilisation industrielle fut conduite, au sein du gouvernement
durant la Grande Guerre, sous l’autorité de deux ministres particulièrement efficaces,
Etienne Clémentel, ministre du Commerce, et Albert Thomas, ministre de l’Armement.

*

La période 1920-1940 connut une stagnation. Elle est paradoxale. Ces années voient
le triomphe de la Houille Blanche, mais l’électrochimie ne suivit pas.

Les centrales électriques mues par la houille blanche sont faites de groupes, formés
chacun d’une turbine actionnant un alternateur. Voici, pour illustrer la première catégorie,
une roue du type dit Pelton. Voici à présent, pour insister sur la grande taille de ces installations, le rotor d’un alternateur à Curbans, dans les Hautes Alpes sur la Durance, lors de
sa mise en place (on y construit à présent une nouvelle centrale électrique, mais photo-voltaïque). Le cliché vous montre un groupe, la turbine à l’arrière, dont un ouvrier ou contremaître est en train d’assurer la régulation, et l’alternateur à l’avant. C’est un imposant
matériel. Et voici la salle des groupes à Ventavon, sur la Durance. Cette centrale électrique
fut installée en 1909 par la société de l’Energie électrique du littoral méditerranéen.

Quid des préoccupations écologiques, dans cette première partie du vingtième siècle?
Pour faire bref, on pourrait dire que les électrochimistes y sont immuns, alors que les
hydrauliciens ont une conscience aigue des modifications infligées au paysage. Ils ont souvent à coeur, justement, d’installer des usines souterraines. Voyez ici l’usine de Baton,
troglodyte, creusée au sein de la roche, construite sur la Romanche en 1925 par Albert Keller
(1874-1940). Keller créa un véritable empire industriel dans cette vallée de la Romanche.
Bien entendu, les retenues altèrent radicalement le visage de la haute montagne. J’en
veux pour exemple celle de Bissorte. En 1935, la firme Alais, Froges et Camargue (la future
Péchiney) édifie cette retenue de Bissorte (67 m. de haut, 545 m. de long), pour alimenter la
centrale de La Praz.

Voici une carte de visite de cette société, qui deviendra ensuite Péchiney en 1950. Notez
au passage le nombre élevé de ses usines, il ne fera qu’augmenter encore, dans un processus
de concentration par absorption ou fusion avec d’autres firmes.

Vous voyez ici le barrage du Chambon, construit sur la Romanche en 1934 avec, au
premier plan, l’usine de production électrique, qui fonctionnera jusqu’au début des années
1980. Mais la fonction principale de ce barrage était de régulariser ce cours d’eau. Voici le
lac créé par la retenue du Chambon sur la Romanche. L’expropriation des habitants déplacés
fut bien menée et bien acceptée par une population, au demeurant faible et claisemée.

Il y eut pas moins de 51 barrages édifiés en France entre 1920 et 1940. La France fit un
effort considérable de développement de son potentiel hydro-électrique. Les deux datesclé
encadrant cette progression sont 1916 et 1935. L’énergie produite servit à l’électrification
des lignes ferroviaires; dans une bien moindre mesure, à l’électrochimie et l’électrométallurgie
avec l’aménagement continué des vallées de la Romanche et de la Maurienne,
ainsi qu’avec les centrales de l’Argentière et de La Brillanne dans la vallée de la Durance.
Vous voyez ici le barrage du Sautet, sur le Drac. L’ouvrage était prévu initialement pour
alimenter, en contrebas, une usine électrochimique de Péchiney. La société y renonça, et
préféra exporter l’électricité produite dans le reste du pays. Nous y reviendrons.

Grenoble se voulait la capitale des Alpes françaises dans leur ensemble. Le triomphalisme
grenoblois s’exprima en 1925 par l’exposition de la Houille Blanche. Notez, c’est un
signe annonciateur du basculement de la vision du rôle de la montagne dans l’économie,
l’association du tourisme à la houille blanche. Si les premières stations de sports d’hiver
datent des années 30, leur prolifération et le bétonnage de la montagne sont plus tardifs, à
partir des années 1950. Par contre, le développement de l’automobile, la construction des
routes alpines venant concurrencer les voies ferrées, s’accélèrent bien avant, dès 1925 justement. L’image est riche en significations symboliques, l’Isère aux allures de vamp irradie
l’électricité et la fortune, en espèces sonnantes et trébuchantes. Enfin, pour en finir avec
cette exposition triomphale et triomphaliste, la tour de béton armé édifiée par Auguste
Perret, l’architecte du théâtre des Champs-Elysées à Paris, avenue Montaigne, pour cette
manifestation orgueilleuse grenobloise de 1925.

Qu’en était-il de l’électrochimie et de l’électrométallurgie alpines durant ce temps? La
demande d’aluminium croissait de façon exponentielle dans le monde, alimentée par les
besoins de l’industrie aéronautique en particulier. Cependant, aucune grande usine dont
les fabrications dérivaient directement de la Houille Blanche ne s’implanta dans les Alpes
après la Première Guerre mondiale. Une exception fut l’usine de Saint-Gobain, installée en
amont de Modane en 1925, fabriquant des engrais à partir du carbure de calcium. En 1928,
la main d’oeuvre n’est pas surabondante, on la trouve surtout dans les vallées de la Durance,
du Drac et de la Romanche, de la Maurienne, et de l’Arve en allant du sud au nord.
Quant à la production, la même année 1928, avant donc que n’éclate la grande crise économique de 1929-1930, ses tonnages, certes respectables, ne sont pas impressionnants.
L’industrie chimique alpine souffre, entre autres, de son enclavement pour acheminer par
voie ferrée tant ses matières premières que ses diverses productions.

Voici à présent une photo de l’usine de Chedde, vue de l’intérieur. Les usines construites
alors ont souvent des grands halls comme celui-ci. On note aussi la taille des machines,
leur gigantisme croissant. Les ouvriers qu’on aperçoit fournissent l’échelle. L’usine
de Chedde a un profil typique de ces usines chimiques alpines relativement polyvalentes.
En 1916, la Compagnie des produits chimiques d´Alais et de la Camargue avait absorbé la
Société des Forces motrices de l´Arve. L’usine de Chedde lui appartenait par conséquent.
L´usine produisit durant la guerre des explosifs à base de chlorate : le cheddite. En 1922, le
chlorate de sodium trouva une application nouvelle comme désherbant. L´usine élabora
également dès le début des années 20 des produits aluminothermiques, métaux ou ferroalliages lourds. On mit au point en 1922 le ferro-chrome qui n´est fabriqué à l´échelle industrielle qu´en 1937. En 1938, on commence à y produire du graphite synthétique.

*

Qu’est-ce qui explique l’accès de faiblesse de l’électrochimie industrielle alpine, après
le coup de fouet des années de guerre? Donnons un chiffre. A la fin du vingtième siècle,
l’électrométallurgie de l’aluminium dans les Alpes françaises ne représentait plus que 30 %
de la capacité française, 3 % de la capacité européenne, 0,5 % de la capacité mondiale. On
peut avancer diverses explications.

Les facteurs que vous avez sous les yeux sont mineurs, mais cumulatifs. La reconversion
malaisée après les commandes militaires de la guerre. Le dirigisme statal serait-il synonyme
de prospérité? L’exportation de l’électricité hors des Alpes, par des lignes à haute
tension (220.000 V), vers le reste de la France. Les années 1926 à 1931 voient le développement de l’interconnexion et de l’hydroélectricité, tiré par la hausse de la consommation des ménages. Plus tard, en 1946, la nationalisation de l’électricité découple définitivement la Houille Blanche d’avec électrochimie et électrométallurgie.

La concurrence du couloir rhodanien de la chimie, qui avait pour lui de ne pas être
enclavé. La concurrence internationale, aussi: leader mondial de la production d’aluminium
au tournant du vingtième siècle, la France n’a pas su conserver cette avance.

Les gisements de bauxite de l’Hérault et du Var furent les plus importants du monde,
entre 1892 et 1936. L’épuisement graduel des réserves fut un facteur important de régression
de la production électrochimique d’aluminium dans les vallées alpines, vers la fin de
cette période.

Pour ce qui est des aciers spéciaux, la concurrence suédoise, d’autant plus efficace
qu’avec une densité de population bien moindre la Suède pouvait consacrer une grande
fraction de la production hydroélectrique à de l’électrométallurgie.

Au lendemain de la Première Guerre, le franc se déprécie. Les industries exportatrices
françaises, dont l’électrométallurgie, en bénéficièrent. En 1925, on assista à un retournement
de la conjoncture mondiale des prix, ce qui se traduisit par une grave accélération
de la chute du franc. L’ensemble des hommes d’affaires se rassembla, en 1926, en faveur de
la stabilisation du franc.

L’industrie chimique est très sensible à l’état de l’économie dans son ensemble et à
son asthénie d’alors. De 1920 à 1940, l’économie française souffrit de sa rigidité et de son
cloisonnement, de son passéisme visant un horizon pré-1914, des barrières douanières, du
million d’hommes tués lors de la Grande Guerre, et de l’effort, non pas de production,
mais de maintien des prix de vente. La crise du capitalisme français, ne l’oublions pas, ne
fut pas une conséquence de la crise américaine. Dès la fin 1927, elle intervint, causée par le
divorce entre un formidable bond en avant de la productivité industrielle et la stagnation
de la demande effective.

Même en faisant abstraction de la grande crise économique de 1929-1930, les crises
monétaires affectent aussi toute l’économie française. La grande crise partie des Etats-Unis
frappa la France de manière durable, de 1931 à 1936. Ce fut, Christian Saint-Etienne l’a
démontré, une période de déflation, ce qui encouragea les épargnants à thésauriser plutôt
qu’à investir. Le malthusianisme économique, pour reprendre l’expression d’Alfred Sauvy,
sévit à plein durant les années 30, on restreignit la production pour maintenir les prix et,
on l’espèra, les bénéfices. Durant la décennie de la dépression, la capacité industrielle inemployée, le chômage très important et la réduction du pouvoir d’achat freinèrent le renouvellement des équipements périmés.

 

S’ajoutent des facteurs propres aux électrochimie et électrométallurgie alpines, leur
enclavement dans d’étroites vallées, sur lequel on doit insister. Mentionnons encore des
facteurs qu’on peut qualifier d’écologiques, dans le langage d’aujourd’hui. L’exemple de la
Haute-Maurienne est parlant. L’existence traditionnelle y était équilibrée. Une forte densité
de population était portée par un système agro-pastoral pluriséculaire et une émigration
temporaire, très ancienne elle aussi. Les deux guerres mondiales, l’industrialisation par la
Houille Blanche et l’électrochimie lui ont porté un coup fatal. Ce déclin fut irréversible, le
tourisme et les sports d’hiver n’ont pu l’inverser.

Mais ce n’est pas tout. L’industrie chimique alpine subit encore les aléas des précipitations,
que la fourniture de houille blanche répercute, d’autant que la main d’oeuvre, elle
aussi largement saisonnière est en opposition de phase avec la production d’électricité. La
polyvalence des usines montre bien la nécessité dans laquelle elles se trouvent de s’adapter
à la demande, plutôt que de fournir des commodités en régime stable.

Le tourisme enfin, qui s’annonçait dès 1925 et l’Exposition de Grenoble, devient de
plus en plus envahissant, et intolérant à l’égard de ces usines chimiques, elles enlaidissent
les paysages et elles font peur. L’électrométallurgie de l’aluminium, qui se fait à 950°C par
électrolyse de l’alumine dans un bain de cryolithe dégage des fluorures, nocifs à la santé
des opérateurs, ainsi qu’aux forêts avoisinantes. S’y ajoutent l’enclavement, sur lequel on
doit insister, la relative faiblesse de la consommation en France, La production alpine
d’aluminium se grève du coût du transport de la bauxite, qui impose de localiser les usines
à proximité immédiate des gisements de minerai. Je garde pour la bonne bouche le
facteur principal du déclin de l’électrochimie alpine, la gouvernance des sociétés chimiques.

*

Venons-en à la seconde Guerre Mondiale. Comment tout cela se termina-t-il? Assez
mal. L’électrochimie était alors considérée, c’était encore à juste titre, par la France comme
l’un de ses joyaux industriels. Aussi, des fortifications de la Ligne Maginot furent érigées
pour la protéger des attaques de l’Italie de Mussolini. L’offensive italienne de mai 1940 se
heurta, un peu, aux fortifications édifiées par l’armée française. La Ligne Maginot, on n’en
est pas suffisamment conscient, englobait aussi, dans le Sud-Est, les bijoux de l’industrie
française, dont la vallée de la Maurienne.

Ainsi, on peut encore visiter près de Modane, le fort Saint-Gobain: construit à 20 m
sous le sol, entre 1933 et 1939, ce gros ouvrage de la ligne Maginot des Alpes, parfaitement
conservé, avait des les casernements et des locaux techniques qui permettaient à une compagnie de cinq officiers et 149 sous-officiers et hommes de troupes de vivre en autarcie
pendant trois mois en cas de nécessité. Bien entendu, les Italiens évitèrent d’attaquer cet
ouvrage.

La Ligne Maginot illustre bien ce qu’on peut appeler le complexe obsidional, la frilosité
qui caractérisa les classes dirigeantes françaises durant l’entre-deux-guerres: un comportement
d’épargnant, le refus de l’investissement productif, l’atrophie de l’esprit d’entreprise,
la recherche d’un conservatisme douillet, cette mentalité qu’Alfred Sauvy qualifia
de malthusianisme économique.

*

Durant l’Occupation, les Allemands mirent le grappin sur les productions de l’industrie
française. L’électrochimie alpine ne put y échapper. Considérez le cas d’Ugine, 12 % du
chiffre d’affaires fut détourné vers l’Allemagne, dont plus de la moitié de la production
d’aluminium. À la Libération, la Commission d’épuration fut saisie de ce dossier.

Les hauts responsables d’Ugine durant l’Occupation étaient son PDG, Painvin, un XMines;
Perrin, lui aussi X-Mines; et un troisième Mineur, Raoul de Vitry. Painvin fut proallemand,
à telle enseigne que certains dans l’usine l’avaient surnommé “Herr Brotwein”.
Voici des portraits de Georges-Jean Painvin, X1878. PDG d’Ugine et soupçonné d’avoir été
un collaborateur. Vitry fut au contraire un authentique résistant. Quant à Perrin, il fut et le
cas est loin d’être isolé, à la fois pétainiste et résistant. A la suite des travaux de la Commission,
aucune condamnation formelle n’intervint. Painvin fut seulement écarté, au bénéfice
peut-être de ce que son décryptage des codes allemands avait été l’un des hauts faits
de l’armée française durant la Première Guerre Mondiale. En 1945, Mathieu, polytechnicien
lui aussi, ayant fait les Mines en école d’application, lui succéda comme PDG. On le
considérait comme un très bon technicien; joua aussi en sa faveur son absence de convictions
politiques fortes.

*

Le cas d’Ugine est exemplaire, il est tout-à-fait représentatif de la gouvernance de
l’électrochimie et de l’électrométallurgie alpines, après 1920. On assiste à une mainmise
totale des grands corps de l’état, tout particulièrement du Corps des Mines. Les chimistes
sont systématiquement tenus à l’écart des organismes de direction, il est même tout-à-fait
exceptionnel de trouver un chimiste à la tête d’une usine. Je vois là, dans cet aveuglement
à l’égard de la compétence requise, la raison majeure du déclin des applications chimiques
et métallurgiques de la Houille Blanche durant l’entre-deux-guerres. L’empreinte technocratique, déjà visible à la fin du dix-neuvième siècle, devint écrasante à partir de la fin de
la Première Guerre mondiale. C’est d’ailleurs le moment où le pantouflage se généralise
chez les polytechniciens. L’entre-deux-guerres est une période où il connait une recrudescence.

Mais qui parachute les technocrates du Corps des Mines et du Corps des Ponts à la
tête des grandes entreprises électrochimiques et électrométallurgiques? Ce sont les banques
d’affaires, intervenant dans les augmentations de capital nécessitées par les fusions,
le mouvement de concentration, et la rénovation des équipements dans l’entre-deux-guerres.
Face au défi de cette seconde industrialisation, le patronat se compose d’ingénieurs
issus des grandes écoles (Polytechnique et Centrale, principalement) et des corps techniques
de l’Etat. Or, ce patronat technocratique est en retard sur la concurrence étrangère: il
lui manque une perception stratégique des technologies, ancrée dans une formation par la
recherche scientifique. D’où une frilosité, une incapacité à privilégier parmi les technologies
leur potentiel respectif de développement.

Qu’est-ce qui échappa à ces banquiers d’affaires et à leurs hommes de confiance, les
patrons recrutés parmi l’élite des Grandes Ecoles d’ingénieurs? Ils ne perçurent pas, tout
au moins pas à temps, le piège dans lequel ils se trouvaient, avec des usines à gros tonnage
nichées dans d’étroites vallées alpines, peu peuplées et difficiles d’accès. Ils n’ont pas anticipé l’après-guerre, et le changement d’échelle industrielle qu’il impliquait, avec la concentration
des entreprises en quelques grandes sociétés, comme Péchiney. Ils n’ont pas saisi
que la localisation géographique des usines interdisait, presque partout, leur indispensable
agrandissement. Ils ont été aveugles aux nuisances environnementales de leurs usines, et
ils n’ont pas vu que le tourisme était pour eux une industrie rivale, en voie de les évincer.
C’était pourtant clair, dès l’Exposition de la Houille Blanche à Grenoble en 1925. Ils auraient
été bien avisés de lorgner sur la Suisse voisine, qui elle aussi a développé sa Houille
Blanche, mais est parvenue à sauvegarder, tant son agriculture de montagne, avec son
mode de vie, que son attrait touristique. Il leur aurait fallu dégager, vider les lieux dès le
début des années 1920, pour se relocaliser à proximité immédiate des ressources en
bauxite, pour ce qui est de l’aluminium. Il y a là une première leçon, forte, de cette histoire.

*

Cependant, elle gagnerait surtout à être replacée dans la longue durée, chère à Fernand
Braudel. L’emprise des Grands Corps remonte à l’Ancien Régime; le mot de colbertisme
s’impose à propos du dirigisme de l’Etat durant la Grande Guerre, et par après.

La Houille Blanche n’est pas une invention absolue et radicale issue du génial cerveau
d’Aristide Bergès. Elle aussi se situe dans une évolution graduelle, depuis des temps
bien plus anciens. Je citerai seulement, à cet égard, la Machine de Marly.

Quant à l’électrochimie alpine, je ferai remarquer que le grand chimiste anglais
Humphry Davy, lorsqu’il découvrit au début du dix-neuvième siècle en 1806-1807 des
éléments comme le sodium et le potassium, eut comme outil la pile électrique de Volta,
justement. De plus, lorsque Humphry Davy et son épouse, accompagnés de Michael Faraday
leur servant plus de domestique que d’accompagnateur, firent leur voyage de noces sur le Continent, en 1813, la vue du Mont-Blanc l’incita à écrire un poème à la gloire de ce
roi des montagnes alpines.

Si Humphry Davy fut l’un des tout premiers touristes dans les Alpes françaises, l’industrie
touristique y commença véritablement à peu près à l’époque des débuts de la
Houille Blanche. Les deux industries, de la chimie et du tourisme, coexistèrent plus ou
moins durant l’entre-deux-guerres. Mais déjà des protestations se firent entendre à l’encontre
des vallées polluées par la chimie, des ouvriers souffrant de maladies chroniques
causées par les émanations industrielles, des paysages alpestres définitivement altérés par
des lacs artificiels.

Voyez comme le timbre, gravé par Combet et que la Poste mit en circulation en 1972,
cherche à gommer ce qui fut un petit désastre écologique. Les torrents alpins, dévalant des
cimes au travers des forêts de mélèzes, sont canalisés par la main de l’homme en des chutes
d’eau, dirigées sur des turbines. La vision est tout sauf industrielle!

Il faudrait parler aussi de l’américanisation de l’industrie française, de son emprise
croissante tout au long du vingtième siècle. L’influence d’Edison, celle de General Electric
la société qu’il fonda, furent importantes sur tout ce qui relève de la production d’électricité.
Le taylorisme influença les industriels français, surtout après la Première Guerre mondiale.
Il en va de même de la gestion des entreprises. La concurrence avec la chimie et la
métallurgie américaines font aussi partie du tableau, et de la stagnation concomitante des
industries alpines durant l’entre-deux-guerres.

La première Guerre Mondiale vit une modernisation de l’économie française, impulsée
par l’Etat, suivant une rationalisation de type taylorien, obéissant à un technocratisme
naissant, rassemblant industriels, ingénieurs et dirigeants politiques. Durant l’entre-deuxguerres,
le « Redressement français » fondé en décembre 1925 par Ernest Mercier, polytechnicien, patron de l’Union d’électricité et de la Compagnie française des Pétroles, en rupture avec le libéralisme classique, explore, dès avant la crise des années 30, les voies d’un néo-capitalisme et d’une nouvelle organisation du social dans laquelle la participation de l’Etat est considérée comme légitime. Des publicistes et des ingénieurs, des hommes politiques en devenir (un espoir prometteur de l’Alliance démocratique, Maurice Petsche, ou le socialiste Charles Spinasse) se rassemblèrent sur ces idées. Ils avaient la volonté de voir le pays rationaliser et moderniser son économie (avec une image très positive de l’Amérique des années 20), l’Etat devant jouer à cet égard un rôle d’impulsion (l’heure est à un « plan d’outillage national »). Cela aboutira en 1946 à la nationalisation de l’électricité. Si la Houille Blanche bénéficia de ce néo-colbertisme, l’électrochimie et l’électrométallurgie alpines y échappèrent, sans aucun doute du fait de l’hégémonie des banques dans leur gouvernance.

*

Il est temps pour moi de conclure. J’ai mis l’accent sur l’aveuglement du patronat durant
l’entre-deux-guerres, il n’est pas propre à la branche chimie mais fut très général, à quelques exceptions près. Cependant, si l’on compare les deux industries chimiques, allemande et française, force est de constater que la première eut comme dirigeants, à la même époque de l’entre-deux-guerres, des docteurs en chimie, ayant donc bénéficié d’une formation par la recherche.

Il est frappant de constater un développement régional, celui des Alpes, entravé par
une gouvernance industrielle aberrante, et par l’absence à cette époque d’une politique industrielle d’ensemble, dans le souci d’un aménagement harmonieux du territoire. Dès la
montée en puissance de la région lyonnaise et du couloir rhodanien de la chimie, poursuivre
une activité de chimie industrielle dans les Alpes était du gaspillage. Il aurait fallu, dès
1925, centrer sur Grenoble une innovation industrielle à base de matière grise et de collaboration université-industrie. Elle se fit, mais pour l’essentiel seulement à partir des Trente
Glorieuses.

Les géographes locaux, je pense tout particulièrement à Raoul Blanchard et à son
école, ont leur responsabilité aussi. Blanchard fut un très grand géographe, ainsi qu’un
écrivain véritable. Lui et ses disciples auraient dû, dès les années Vingt, crier au casse-cou
et jouer les Cassandre. Ils ne l’ont pas fait. Ils se sont leurrés eux-mêmes, ne voyant dans
l’industrialisation des vallées alpines qu’une bonne chose: le coup d’arrêt donné à la dépopulation, les emplois créés, le flux de main d’oeuvre que cela apportait, sans oublier,
c’est là sans doute le plus important, le renouveau ainsi apporté à leur discipline de géographie
alpine.

Pour ma part, mon regret vient de ce que notre colloque d’aujourd’hui est circonscrit
à l’entre-deux-guerres. De ce fait, ma chronique fut celle d’une lente et longue déroute.
J’aurais préféré vous présenter la Houille Blanche et l’électrochimie alpines dans leurs glorieuses
années de leur adolescence et de leur montée en puissance, de 1869 à 1914.